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MaPrimeRénov : le guichet réouvert avec conditions révisées pour les professionnels

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Suspendu fin juin, le dispositif d'aide à la rénovation énergétique MaPrimeRénov' a rouvert ses portes le mardi 30 septembre, sous une nouvelle formule plus restrictive. Cette reprise, très attendue par les acteurs du secteur, intervient dans un contexte tendu : la suspension prolongée avait déjà fragilisé de nombreux professionnels de l'immobilier.

Mais la relance ne s'est pas faite sans heurts. Dès sa réouverture, la plateforme « MonProjetAnah » a été submergée par un afflux massif de connexions, contraignant l'Agence nationale de l'habitat (Anah) à annoncer, le 2 octobre, une mise en maintenance technique pour plusieurs jours. La confusion règne parmi les professionnels et les particuliers, entre les conditions révisées, les incertitudes administratives et les ralentissements numériques. Décryptage des évolutions récentes et de leurs répercussions sur le marché de la rénovation.

Une suspension brutale aux lourdes conséquences pour le marché

Le 23 juin dernier, l'État suspendait MaPrimeRénov', son principal dispositif d'aide à la rénovation énergétique. Une décision justifiée par une explosion des fraudes et un afflux massif de demandes. Éric Lombard, ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, évoquait alors la nécessité de "remettre à plat les procédures, optimiser le traitement des dossiers et endiguer les pratiques frauduleuses."
Mais pour les professionnels du bâtiment et les particuliers engagés dans des projets de rénovation, cette interruption soudaine a eu l'effet d'un électrochoc. « La fermeture du guichet pendant trois mois a provoqué une véritable déstabilisation. Nos clients ne comprennent plus rien, et cela a mis un frein brutal aux chantiers », alerte Jean-Claude Rancurel, plombier-chauffagiste et membre de la CAPEB, dans l'émission Chaque voix compte sur LCP Assemblée nationale.
Selon lui, le marché du chauffage est à l'arrêt : « Les particuliers ont peur d'investir, de crainte de tomber dans une arnaque. » Cette incertitude généralisée a progressivement entamé la confiance, tant du côté des clients que des artisans.

Alors que la réouverture de la plateforme était censée relancer la dynamique, les débuts chaotiques du nouveau système n'ont fait que renforcer les doutes. Plusieurs professionnels s'interrogent désormais sur l'efficacité réelle de la relance et redoutent que l'intérêt pour le dispositif s'érode durablement.

Des règles renforcées qui inquiètent les professionnels de l'immobilier

Après plusieurs mois d'attente, le guichet MaPrimeRénov' a rouvert le 30 septembre, conformément aux annonces de la ministre du Logement, Valérie Létard. Cette reprise s'accompagne de règles plus strictes, issues de l'arrêté du 8 septembre, entré en vigueur simultanément. L'objectif officiel est de mieux cibler les aides et de prévenir les fraudes. Toutefois, cette réouverture très encadrée suscite de vives interrogations parmi les acteurs du bâtiment et les représentants des consommateurs.

Le premier point de friction concerne le nombre limité de dossiers éligibles : seuls 13 000 dossiers de ménages aux revenus très modestes pourront être traités d'ici la fin de l'année. Un quota jugé insuffisant par Marie-Amandine Stévenin, présidente de l'UFC-Que Choisir : « 13 000 dossiers, c'est très peu. En juin, juste avant la suspension, 29 000 demandes avaient déjà été déposées. Ce volume ne couvre même pas un mois d'activité. »
Pire encore, ces dossiers ne bénéficieront d'aucun financement en 2025, les aides étant fléchées sur 2026. Selon la présidente de l'UFC-Que Choisir : « On parle de réouverture, mais aucun financement immédiat n'est prévu. Les 13 000 dossiers déposés aujourd'hui ne recevront pas d'aide avant 2026. »
En outre, l'éligibilité est limitée aux logements classés E, F ou G lors de l'audit énergétique préalable aux travaux. Par ailleurs, le dispositif fait face à des critiques liées aux plafonds de dépenses subventionnables, désormais abaissés à :
- 30 000 € HT pour un gain de deux classes au DPE,
- 40 000 € HT pour un gain de trois classes ou plus.
Pour Marie-Amandine Stévenin, « en matière de financement, le rendez-vous n'est pas là », malgré une forte volonté des ménages d'engager des travaux.

De plus, le bonus « sortie de passoire thermique » a également été supprimé, tout comme l'obligation de respecter le critère de faible déperdition thermique (Ubat) pour les projets avec un gain de quatre classes ou plus.

À ces restrictions s'ajoutent plusieurs mesures récentes qui compliquent davantage un dispositif déjà perçu comme complexe et difficile à appréhender par les professionnels du secteur.

Les professionnels face à une plateforme paralysée

La réouverture du Parcours accompagné, suspendu pendant l'été, était très attendue par les acteurs du bâtiment et de l'immobilier. Mais au lieu de relancer la dynamique, elle s'est heurtée à un nouvel obstacle de taille : l'effondrement de la plateforme MonProjetAnah, saturée dès les premières heures.

Le jeudi 2 octobre, l'Anah a annoncé la mise en maintenance de son portail, incapable de faire face à l'afflux massif de connexions. Selon l'agence, près de 150 000 connexions ont été enregistrées en deux heures après la réouverture, soit dix fois plus que la normale. Résultat : seuls quelques centaines de dossiers ont pu être déposés, tandis que la majorité des usagers, particuliers comme professionnels, ont été dans l'incapacité de finaliser leurs démarches.

Cette situation bloque toujours l'accès au Parcours accompagné (rénovation d'ampleur), pourtant officiellement relancé depuis le 30 septembre. Seul le Parcours mono-geste reste actuellement opérationnel. Les autres dispositifs dépendants de la plateforme, comme MaPrimeAdapt' et MaPrimeLogementDécent, sont également inaccessibles à ce jour.

Dans ce contexte déjà fragilisé par des mois de suspension, les professionnels peinent à retrouver de la lisibilité sur les dispositifs en vigueur. Entre plateformes indisponibles, règles techniques en évolution constante et enveloppes budgétaires limitées, la relance de MaPrimeRénov' ressemble davantage à une impasse qu'à un nouveau départ.

Face à ces blocages successifs et à une perte de repères généralisée, plusieurs voix s'élèvent, à commencer par des députés et des représentants d'associations de consommateurs, qui avancent des solutions concrètes pour améliorer le dispositif et soutenir les professionnels comme les particuliers.

Des voix s'élèvent pour une réforme structurelle de MaPrimeRénov'

Alors que le dispositif peine à retrouver sa pleine efficacité, plusieurs personnalités politiques et représentants de consommateurs appellent à des ajustements profonds pour en assurer la pérennité et l'impact réel.

La présidente de l'UFC-Que Choisir, pointe d'abord un problème budgétaire majeur. Selon elle, les ambitions de l'État sont en total décalage avec les moyens financiers alloués : « Là où il faut se battre, c'est sur le budget de MaPrimeRénov', qui, à l'heure actuelle, n'est pas du tout suffisant. Si l'on veut atteindre l'objectif de 600 000 rénovations par an d'ici 2030, il faudra mettre de l'argent sur la table. »
Un constat partagé par Sébastien Martin, député Droite Républicaine de Saône-et-Loire, qui souligne les limites d'un pilotage centralisé du dispositif : « C'est plus compliqué de contrôler un dispositif depuis Paris qu'en proximité. Le fait d'avoir dû prendre toutes ces mesures prouve que l'on touche aux limites du système. »
S'il salue l'objectif initial de MaPrimeRénov', accompagner la rénovation énergétique tout en dynamisant l'économie locale, le député plaide pour une gouvernance plus territorialisée : « Je propose de confier la gestion du dispositif aux intercommunalités, notamment dans les zones urbaines. » Cela permettrait, selon lui, une meilleure adaptation aux réalités locales et un suivi plus efficace.

Ces déclarations ont été faites lors de l'émission « Chaque voix compte » diffusée sur LCP Assemblée nationale. À travers ces prises de position, c'est un appel à repenser en profondeur le fonctionnement de MaPrimeRénov' qui se dessine : plus de moyens, plus de proximité, et plus de lisibilité, pour répondre aux attentes des professionnels comme des particuliers.

Alors que MaPrimeRénov' tente de se relancer sous un cadre plus contraint et complexe, la question demeure : ce dispositif clé de la rénovation énergétique saura-t-il réellement surmonter ses défaillances pour accompagner efficacement les professionnels et les ménages ?

Entre attentes fortes et ressources limitées, la rénovation énergétique risque de rester un chantier inachevé, à moins que des réformes profondes ne viennent rapidement rééquilibrer ambitions et moyens. Les acteurs du secteur, mais aussi les pouvoirs publics, sont désormais face à un choix crucial qui conditionnera l'avenir de la transition énergétique en France.

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